« La Chine et l’Europe : les deux moteurs du véhicule électrique »

Publié par le 03.07.2019 - 5 min

Avant de prendre ses fonctions de Directeur de la Division Véhicule Électrique du Groupe Renault, en 2017, Gilles Normand officiait en qualité de Directeur des Opérations de la Région Asie-Pacifique. Cet expert du marché asiatique nous explique pourquoi l’Europe et la Chine connaissent les plus fortes croissances sur le marché de la voiture électrique.

Quels ont été les faits marquants du marché automobile chinois au cours des derniers mois ?

La demande croissante en véhicules électriques sur le 1er marché automobile mondial est flagrante. De nombreuses start-up se lancent sur ce segment de marché alors que les acteurs du secteur bien établis à l’échelle mondiale proposent de nouvelles offres.
Dans ce contexte, fin 2019, Renault commercialisera en Chine le 6e modèle de sa gamme de véhicules électriques, Renault City K-ZE.

Pourquoi la mobilité électrique connaît-elle un tel essor en Chine et en Europe ?

Gilles Normand Renault City K-ZE
Renault City K-ZE a été présenté lors du Salon de l’Automobile de Shanghaï, le 16 avril 2019

Même si la spectaculaire augmentation des ventes de véhicules électriques en Chine (de l’ordre de 185 % au 1er trimestre 2019 !), est en partie due à la future réforme du système de subventions, la tendance de fond est indéniable. L’an passé, les ventes de véhicules à énergies nouvelles ont augmenté de 79 %, pour totaliser 1 100 000 unités, soit 4,2 % du marché des véhicules légers. Et en mars, les véhicules électriques représentaient 5 % du marché chinois.

Dans les grandes villes du pays, l’achat automobile est très fortement réglementé : ceux qui veulent faire l’acquisition d’un véhicule doivent composer avec un système de loterie. En faisant le choix de l’électrique, vous aurez une chance sur 10 d’être tiré au sort, contre, au mieux, 1 chance sur 1 000 si vous souhaitez acquérir un modèle à moteur thermique ! 

De l’autre côté de la planète, l’Europe est l’autre région du monde où les immatriculations sont le plus en hausse (+ 84 % au 1er trimestre).

Pourquoi les véhicules électriques vendus dans ces deux régions ne sont-ils pas les mêmes ?

Parce que les usages sont différents. En Chine où les trajets sont plutôt courts, les véhicules électriques trouvent naturellement leur place dans des villes plus petites et moins densément peuplées. Les véhicules électriques y remplacent les micro-véhicules, scooters et autres moyens de transport à deux-roues, en partie pour des raisons de sécurité.
Les capacités des modèles électriques de la génération actuelle répondent à 85 % des besoins de déplacements en voiture. C’est une des raisons pour lesquelles le marché chinois a décollé si rapidement.

Trafic routier Shanghai

Contrairement aux Chinois, les Européens ont tendance à parcourir de longs trajets en voiture, pour partir en vacances par exemple. Sur le Vieux Continent, en raison de son image de véhicule limité en termes d’autonomie, la voiture électrique est encore considérée comme une citadine ou comme le 2d véhicule du foyer… Heureusement, dans les faits, les usages évoluent !
Un peu plus de la moitié des acheteurs de ZOE vivent en zones rurales et possèdent un point de recharge à domicile. Et même quand le véhicule électrique n’est pas le seul du foyer, il tend à devenir le plus utilisé, en raison d’un coût à l’usage compétitif et d’une autonomie suffisamment élevée pour effectuer les trajets du quotidien.

Au-delà des habitudes de conduite, quelles sont les autres différences entre les marchés chinois et européens ?

Le consommateur chinois est plus technophile, ce qui encourage les fabricants à multiplier les écrans à l’intérieur des véhicules.
A mesure que l’industrie automobile entre dans l’ère du véhicule autonome, le défi est de trouver un équilibre entre les impératifs de sécurité et les demandes des consommateurs en matière d’« infotainment ». Les contenus mêlant information et divertissement sont de plus en plus populaires en Chine !

 
En Chine, à mesure que l'industrie automobile entre dans l'ère du véhicule autonome, le défi est de trouver un équilibre entre les impératifs de sécurité et les demandes des consommateurs en matière d’« infotainment ».
Gilles Normand Directeur de la Division Véhicule Électrique du Groupe Renault

Les divergences sont-elles plus nombreuses que les points communs entre l’Europe et la Chine ?

Non et quelles que soient ces différences – sur des points de détail –, les consommateurs chinois et européens s’accordent sur deux points fondamentaux : les véhicules électriques sont amusants et plaisants à conduire, du fait de l’absence de bruit et de vibrations. Et ils permettent de lutter contre la pollution. L’achat d’une voiture électrique est un acte responsable. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que ce marché croisse à un rythme sans précédent.

Cette croissance des marchés chinois et européens encourage le Groupe Renault à développer sa stratégie, centrée sur la commercialisation à grande échelle de véhicules électriques accessibles au plus grand nombre. Impulsée il y a dix ans, cette politique permet aujourd’hui au Groupe de conforter son statut de leader du véhicule électrique à l’échelle européenne, tout en accentuant sa présence sur le marché asiatique.

Copyrights : iStock, Renault Communication, Olivier MARTIN-GAMBIER

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