Comment convertir une voiture thermique en voiture électrique ?

Publié par le 18.11.2019 - 4 min

Et s’il était possible de profiter des joies de l’électrique tout en conservant sa voiture essence ou diesel ? C’est tout l’objet du « rétrofit », une opération qui consiste à convertir un véhicule thermique en véhicule électrique. Séduisante à plus d’un titre, la pratique soulève toutefois des difficultés à la fois techniques et réglementaires.

La conversion d’une voiture essence ou diesel en électrique consiste à remplacer son moteur thermique et son système de carburation par un moteur électrique accompagné d’une batterie de traction. Si l’opération parait relativement accessible à première vue, elle suppose des transformations complexes au coût non négligeable ainsi qu’une nouvelle homologation du véhicule.

Convertir sa voiture à l’électrique : les éléments techniques

Le premier défi est de nature technique : une voiture se présente comme un assemblage d’éléments dont les caractéristiques et les performances sont liées. Le poids du véhicule ou la taille de ses roues ont par exemple un impact direct sur le choix de certains composants comme les freins ou les suspensions. Convertir une voiture thermique en électrique implique de vérifier la pertinence de ces différents paramètres.

Moteur et boîte de vitesse

L’installation d’un groupe propulseur électrique dans un châssis de voiture essence ou diesel implique de se poser la question de la transmission, qui amène l’énergie du moteur jusqu’aux roues. Indispensable dans le monde thermique, la boîte de vitesses n’est plus d’aucune utilité avec un moteur électrique. La conserver fait perdre une partie de l’agrément du moteur électrique, mais la supprimer exige une modification substantielle du véhicule.

Batterie et chargeur

La batterie soulève elle aussi son lot de contraintes, à commencer par le prix d’achat : de l’ordre de plusieurs milliers d’euros pour une batterie lithium-ion capable de proposer une autonomie supérieure à 100 kilomètres. Il faut ensuite trouver comment intégrer cet élément lourd et volumineux, sans altérer ni la répartition des masses, ni le comportement dynamique, ni la sécurité du véhicule. Ces problématiques complexes sont prises en charge dès la phase de conception sur les voitures nativement électriques ou les véhicules hybrides, comme en témoignent par exemple les innovations techniques résultant du partenariat établi entre Renault et les sapeurs-pompiers.

Électrifier une voiture thermique implique par ailleurs d’installer un circuit de recharge dont la puissance sera limitée par des contraintes de dissipation thermique, elles aussi difficiles à adresser quand le véhicule n’a pas été conçu dans cette optique.

Les limites du kit de conversion électrique

Du fait de ces contraintes, il est difficile d’imaginer que des kits de conversion à l’électrique puissent être génériques, c’est-à-dire utilisables indifféremment sur tel ou tel véhicule. En réponse, certaines startups développent des kits de conversion électrique destinés à des modèles populaires. Elles espèrent ainsi rationaliser les efforts liés à l’approvisionnement, à l’intégration et à l’homologation, dans une approche industrielle.

Le rétrofit en Europe

Les réglementations sont diverses d’un pays à l’autre. Si les États-Unis se montrent très permissifs sur le sujet en autorisant même les bricolages amateurs, la plupart des pays d’Europe ont établi des limites visant à éviter que des engins modifiés de façon peu scrupuleuse circulent sur les routes. L’Allemagne ou l’Italie, par exemple, autorisent la circulation et l’immatriculation des voitures converties à l’électrique, sous réserve du respect d’un cahier des charges précis.

Que dit la France ?

La France impose de son côté qu’un véhicule immatriculé fasse l’objet d’une nouvelle homologation à titre individuel s’il a été modifié. Le processus impose un crash-test et de nombreuses mesures, réalisés impérativement par un organisme certifié.

La réglementation française exige également le consentement explicite du constructeur à l’origine du véhicule concerné. Bref, une réglementation très stricte qui rend quasi impossible les projets de conversion électrique. Elle pourrait cependant faire l’objet d’assouplissements pour encourager la création d’une filière industrielle dédiée au rétrofit.

Convertir une voiture ancienne à l’électrique

Le rétrofit reste soumis à un équilibre délicat entre le prix de la transformation et les possibilités offertes en matière de performances, d’autonomie et de recharge. Difficile à justifier sur le plan financier pour un véhicule d’usage courant, l’opération suscite néanmoins l’intérêt des amateurs de belles carrosseries.

Ils y voient l’opportunité de moderniser une voiture ancienne sans dénaturer son apparence. On peut ainsi non seulement redonner vie à une voiture de collection, mais aussi la doter d’un moteur capable de tourner en silence et sans émissions de gaz.

Le sujet intéresse également les professionnels équipés d’utilitaires, qui souhaitent s’affranchir des restrictions de circulation dans les centres-villes ou lors des épisodes de pollution atmosphérique.

Copyrights : Olivier MARTIN-GAMBIER, Bernard CANONNE, matthewleesdixon

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